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mardi 29 septembre 2026

Des responsables, et des coupables

 


Selon les derniers sondages dignes de foi, le deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2027 opposera Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il ne fait de doute pour personne que, si ce scénario en train de devenir probable se réalise, Marine le Pen sera la prochaine Présidente de la République.

Encore toute pantelante après la sidérante séance de papolâtrie que la presse, oubliant que les Français sont divers dans leurs croyances tout autant que dans leur couleur de peau (combien de non-blancs dans ces rassemblements ?), vient de lui administrer, la France s’apprête donc, consentante, et toute honte bue, à se donner au Rassemblement National, successeur du Front National de feu Jean-Marie le Pen, à ses alliés actuels et à ses ralliés (il n’en manquera pas).

Cette perspective ne suscite guère d’émotion. Qui, au-delà des cercles partisans, tire la sonnette d’alarme ? Une grande partie des Français qui, naguère, jugeaient le Front National infréquentable, s’y sont déjà résignés, voire pour certains convertis, ou n’y voient qu’un moindre mal : la presse, les politiques, les citoyens ordinaires, combien sont-ils encore à vouloir vraiment se battre ?


On a peut-être raison, après tout, de ne pas avoir peur de Marine le Pen : l’exemple de Giorgia Meloni en Italie montre que le pire n’est pas certain, que la démocratie n’y est apparemment pas en danger, que l’alternance reste possible. Mais on aurait tort en tout cas de ne voir dans son éventuelle élection qu’une péripétie de la démocratie. Le changement de nom n’a pas modifié la nature du parti qu’elle dirige. Et au-delà du risque, qu’on ne peut écarter, de la résurgence des vieux démons de l’extrême-droite parvenue au pouvoir, ce qui est en jeu, ce sont les valeurs que porte notre démocratie.

Quand la démocratie choisit l’extrême-droite, elle se suicide : ce qui gagne, comme on le voit partout, c’est le repli identitaire, le rejet de l’étranger, le règne de la force et du chacun pour soi, le reflux de la solidarité, la régression culturelle, le conservatisme obtus. Ce qui gagne, c’est tout ce contre quoi la philosophie dite « des lumières », qui fonde et justifie notre démocratie, s’est battue.


Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Il est facile de répondre que c’est la pente naturelle, que c’est le signe, et la conséquence, de l’échec de ceux qui nous ont gouvernés jusqu’à présent, que nos voisins vivent tous plus ou moins la même histoire … Mais ces constats n’exonèrent pas ceux qui en portent, chacun pour sa part, une responsabilité.


Ils sont responsables et coupables, les Français amnésiques et renégats de droite que l’extrême-droite n’effraie plus, d’avoir oublié que la droite française est l’héritière du gaullisme, symbole de la résistance à la peste brune.

Responsables et coupables, les Français amnésiques et renégats de gauche obnubilés par leur rejet viscéral de Jean-Luc Mélenchon au point d’avoir oublié que les valeurs que porte ce dernier sont celles jadis portées par Jaurès et Blum, et d’en arriver, reniant leurs propres valeurs, à poser une équivalence entre le Rassemblement National et la France Insoumise, contribuant ainsi à renforcer à la fois le premier et la seconde.

Responsables et coupables, les Français de toutes obédiences politiques et religieuses qui ont réussi à effacer des mémoires le racisme et l’antisémitisme constitutifs du Front National, en mettant en scène, pour des motifs purement politiques, la dénonciation d’un antisémitisme largement fantasmé de la France Insoumise, et en banalisant les positions islamophobes du Rassemblement National, le tout sous le couvert opportun des luttes, justifiées, contre l’islamisme et contre l’antisémitisme.

Responsable et coupable, Jean-Luc Mélenchon, d’avoir choisi une stratégie et une posture politiques de provocation à outrance, et de servir ainsi de marchepied à Marine le Pen, en contribuant à la rendre fréquentable et en se privant en même temps de toute possibilité de contribuer à rassembler une majorité face à elle.

Responsables et coupables, la grande majorité des politiciens, d’avoir préféré gérer à la petite semaine l’intérêt de leur boutique et leur intérêt personnel, au lieu de prendre leurs responsabilités lorsqu’ils ont eu en main la gestion du pays au Parlement, et d’avoir ainsi renforcé le sentiment de dégoût des Français pour la démocratie et ses représentants.

Responsable et coupable, le patronat français, d’avoir choisi de s’accommoder sereinement d’une victoire du Rassemblement National, sans faire le moindre mouvement pour l’éviter, voire en fustigeant ceux qui refusent de s’en accommoder.

Responsables et coupables, les ultra-riches enfermés dans leur désir d’accumuler toujours plus de milliards, d’être incapables de comprendre que leur rapacité personnelle sans limite jetée à la face des gens ordinaires confrontés aux difficultés de la vie réelle est l’une des causes du malaise de la société.

Responsable et coupable, la presse bien-pensante et donneuse de leçons de vertu, d’avoir relayé complaisamment, entretenu et in fine amplifié l’idée qu’Emmanuel Macron n’était qu’une sorte de succédané de l’extrême-droite, et ce faisant d’avoir affaibli l’opposition à Marine le Pen et pavé la voie à une victoire de cette dernière.

 

Il n’y a qu’un chemin pour éviter l’effondrement moral annoncé – ceux qui disent le contraire sont soit des menteurs, soit de doux rêveurs bercés par les discours cauteleux desdits menteurs : ce chemin consiste à empêcher Jean-Luc Mélenchon d’être au second tour, et à rassembler tous ceux et celles qui refusent de livrer leur pays au Rassemblement National, en leur donnant des raisons d’espérer.

Le temps est désormais compté pour faire émerger le ou la candidate susceptible d’y réussir. Tous ceux que j’ai cités plus haut peuvent encore y contribuer. A défaut, ils seront comptables du résultat, et de ses conséquences.




mercredi 10 mars 2021

La laideur cachée des "les"

 


Quand on parle des êtres humains (*), l'usage de l'article défini pluriel devrait être banni du vocabulaire - à la seule exception du cas où on les englobe tous (**)(***).

Les Blancs, les Noirs, les hommes (au sens mâle), les femmes, les jeunes, les vieux, les pauvres, les riches, les Juifs, les Arabes, les médecins, les malades, les gros, les Français ... On peut multiplier les exemples, cela vaut pour tous. Ces "les"-là, qu'ils soient "nous" ou "eux", sont à l'origine, au cœur, à la conclusion, de toutes les guerres et de toutes les barbaries.

Lorsque je dis "les nègres", ce n'est pas le mot "nègre" qui est obscène : c'est le "les". On aura beau remplacer le mot "nègre" par tous les mots imaginables, si l'on garde le "les", l'obscénité demeure. Cette remarque vaut bien sûr pour toutes les catégories. Ce n'est pas en changeant les substantifs, ou les qualificatifs, qu'on réduira la quantité de malheur du monde (on risque au contraire de l'augmenter) : c'est en changeant leurs déterminants.

Le "les" ment, toujours. Le "les" nie les différences. Le "les" uniformise, le "les" enferme, le "les" embrigade, le "les" sépare, le "les" oppose, le "les" juge, le "les" exclut.

Le "les" est évidemment insupportable quand on l'utilise comme sujet du verbe "être". Il l'est tout autant quand on lui associe le verbe "penser". Passons sur le fait que c'est un oxymore, rien n'étant par définition plus incompatible avec le "les" que le fait de penser. L'essentiel est que, lorsqu'on dit, par exemple, "les Français pensent ceci ou cela", on interdit, on s'interdit, de comprendre que "Français" ne peut pas être un sujet pour l'acte de penser. On attribue de force une même "pensée" à tous les individus qui appartiennent, sans d'ailleurs l'avoir choisi, à la catégorie "Français" (le raisonnement vaut bien sûr pour n'importe quelle sous-catégorie). Ce faisant, on se trompe soi-même, et - surtout - on trompe ceux qui vous croient.

L'usage du "les" est une composante essentielle du vocabulaire guerrier : il est l'instrument de la mobilisation des uns contre les autres, des gentils contre les méchants, des "nous" contre les "eux". La guerre est le moment par excellence où l'individu doit n'être rien, et la collectivité (la "nation", la "patrie" ou quoi que ce soit du même tonneau criminel) doit être tout. Dire "les", c'est préparer la guerre, ou la faire.

Le "les" est l'essence même de la pensée totalitaire, celle qui nie l'individu concret au profit d'une collectivité abstraite qu'elle instrumentalise. Dès qu'on accole un "les" à un qualificatif, on renonce à voir des personnes, des individus singuliers dont aucun n'est identique à un autre : on réduit les gens à leur appartenance à une catégorie, on les assigne à résidence catégorielle ou identitaire, on gomme tout ce qui les rend uniques donc humains et vivants.

L'usage du "les" n'est pas seulement mensonger et malfaisant : il est aussi stupide (à moins, bien sûr, d'être intentionnellement mensonger et malfaisant). En utilisant le "les", on s'interdit de comprendre le monde réel, qui n'est fait que de singularités (****). Tout être humain partage avec d'autres êtres humains des caractéristiques communes, mais aucun n'est réductible à une catégorie. Chaque individu fait partie de "communautés" (*****) multiples et intriquées, mais aucun ne se définit exclusivement par ces appartenances, ni ne doit se voir réduit à elles. Chaque fois qu'on enferme une personne dans un "les" (ou même dans plusieurs "les", ce qui est un peu plus juste mais reste fondamentalement erroné), on l'ampute d'une part de son humanité, et on crée les conditions de la barbarie.

 

(*) Il n'y a que les humains dont je me préoccupe. Au "homo sum, et humani nihil a me alienum puto" de Térence, j'ajoute "homo sum, et hominem solum curo" (en espérant que mon latin de cuisine ne soit pas trop fautif). Les discours sur les choses, les végétaux, les animaux autres que l'homme (au sens de "homme et femme", ça va sans dire), m'indiffèrent pour tout ce qui ne touche pas à leur utilité pour l'homme.

(**) C'est bien sûr un peu simplificateur. Par exemple, dans la phrase "les gens qui traversent la rue sans regarder sont imprudents", l'usage du "les" est légitime, parce que 1) la formulation "les gens" ne vise ni n'exclut personne a priori, 2) la qualification d'imprudent est liée à un acte précis, le fait de traverser sans regarder, et 3) la qualification d'imprudent est un fait objectif et non une opinion. Je peux aussi dire, par exemple, "J'aime les gens qui doutent".

(***) Ce nécessaire bannissement concerne les cas où le "les" est utilisé au premier degré. Pour les degrés supérieurs, et pour l'humour en général, les auteurs sont en principe exemptés de peine. Sauf (exception à l'exception) s'il s'agit de propos destinés à des gens qui les prendront au premier degré. Autrement dit, aux cons. Tiens, j'ai écrit "les cons" : me serais-je autorisé une dérogation à la règle ? Que nenni : la tautologie reste permise, et quand on est con, on est con, ce quoi qu'on dise.

(****) Il est aussi vrai que, si l'on se contente de ne voir que des singularités sans chercher à comprendre comment et pourquoi ces singularités se constituent en communautés multiples et intriquées, on ne comprend rien non plus au monde réel.

 (*****) J'appelle "communauté" un ensemble de personnes réunies par le sentiment ou la conscience de partager entre elles une ou plusieurs caractéristiques communes qui les distinguent des autres personnes et qui sont importantes pour elles. Exemple de communauté : les supporters de l'OM. Exemple de l'usage imbécile (lorsqu'il est pris au premier degré, bien sûr) de l'article défini pluriel : "les supporters de l'OM sont des abrutis". Parce qu'en réalité, ce ne sont pas tous des abrutis.

samedi 18 février 2017

Lettre ouverte à Emmanuel Macron sur l'ISF

A propos de l'ISF et de sa réforme éventuelle



Cher Emmanuel,

La réforme de l'ISF que tu proposes ne tient pas debout. Et tu le sais très bien.

Tu sais évidemment, et tu le dis à l'occasion, que l'ISF est un mauvais impôt à tous points de vue (et c'est la raison pour laquelle il est si peu présent dans les autres pays) : il taxe le stock et non le flux, il n'a aucune vertu économique, il incite à la délocalisation, il est ségrégatif (entre ceux qui le paient et ceux qui ne le paient pas), et il touche principalement les classes aisées supérieures (celles qui ont constitué un patrimoine grâce à leur travail) tout en épargnant (relativement) les plus riches (qui, le plus souvent, le sont de naissance) grâce aux niches dont il est généreusement pourvu.

J'ai cru comprendre que ton projet vis-à-vis de l'ISF consistait à en exonérer les valeurs mobilières et à laisser tout le reste inchangé.

Ce n'est vraiment pas une bonne idée, c'est même une grosse erreur : cette réforme consiste, en gros, à conserver tous les défauts de l'actuel ISF en lui en ajoutant de nouveaux. Pour dire les choses crûment, ta réforme consiste simplement à créer une nouvelle niche fiscale : je pourrais presque dire que sa condamnation est contenue dans cette formulation.

J'entends la philosophie qui justifierait la réforme : il faut taxer la "rente" et encourager la prise de risque.

vendredi 4 décembre 2015

Si un jour je meurs ...

(Luc Arnault)

Si un jour je meurs ... (en souvenir du 13 novembre 2015 à Paris)

Si un jour je meurs
De mort violente
Si revient l'horreur
Stupide et sanglante

Si vient ce jour-là
Par pitié, ne me volez pas ma mort

Si des terroristes -
C'est le nom qu'on donne
Aux fantassins tristes
A qui l'on ordonne

De tuer des hommes
Contre la promesse
D'un paradis, comme
Une folle ivresse -

S'ils prennent ma vie
Laissez-moi en paix
Reposer ici
Laissez-moi en paix

Si vient ce jour-là
Par pitié, ne me volez pas ma mort

Pas de défilé
Pas de banderoles
D'hommage obligé
De belles paroles

dimanche 3 mai 2015

Où il est question des catholiques traditionnalistes, du latin, de la résurrection, de l'égalité des sexes, du mariage pour tous et de Najat Vallaud-Belkacem


J'ai eu, il y a quelques jours, l'occasion d'assister à une messe de mariage célébrée selon le rite catholique dit "romain dans sa forme extraordinaire".

De la messe en latin

Selon ce rite, la messe est célébrée conformément au Missale Romanum, codifié en 1570 à la suite du Concile de Trente - d'où le nom de "messe tridentine" qu'on lui donne parfois. Pour mémoire, le Concile de Trente s'est conclu par une condamnation sans appel de l'"hérésie" protestante, et a été immédiatement suivi par le début des guerres de religion en France et aux Pays-Bas (le massacre de la Saint Barthélémy date de 1572). Mais cela n'a rien à voir avec mon propos d'aujourd'hui. Encore que ...

L'une des particularités de ce rite est que tous les textes sont lus en latin, certains étant ensuite lus en français, pour les ignares qui ne comprendraient pas le latin - ce qui explique, en partie au moins, pourquoi cette messe dure plus de deux heures.

Lorsque, à la suite du concile de Vatican II, la messe catholique avait commencé à être dite en français, j'avais trouvé bienvenu ce changement. Il me semblait relever du simple bon sens, et j'avais du mal à comprendre l'obstination de certains à continuer à réciter en latin des textes que la quasi-totalité des fidèles ne comprenaient pas.

Je dois dire que mon jugement sur la question a un peu évolué. Certes les fidèles, dans leur immense majorité, ne comprennent pas le latin. Et ils ont sans doute l'impression de comprendre les textes lus ou dits en français. Mais est-ce bien sûr ? Ils comprennent les mots, sans doute. Mais qui pourrait prétendre, sans mentir, ou sans se mentir à soi-même, comprendre réellement quelque chose à ce qui est dit ? Prenons simplement le texte du Credo. Est-ce que quelqu'un peut comprendre, avec son intelligence (intelligere, dirait-on en latin), que Jésus Christ a été "conçu du Saint Esprit " ? Peut-on comprendre la virginité de Marie ? la résurrection de Jésus ? la vie éternelle ?

samedi 17 janvier 2015

Etre, ou ne pas être, Charlie ?



Après les attentats du 7 janvier dernier le temps de l'émotion, de la tristesse, de la compassion, et de la colère, n'est sans doute pas passé encore. Celui des répliques, de tous ordres, comme celles-ci, n'est probablement pas près de passer. Mais cela ne doit pas empêcher de penser.

Je pense par exemple à ce fameux numéro de feu Hara-Kiri qui lui a valu son interdiction, en 1970. Hara-Kiri, qui se revendiquait "bête et méchant", avait titré pour la mort du Général de Gaulle : "Bal tragique à Colombey : 1 mort". Quelques jours plus tôt, l'incendie d'une discothèque, le 5-7, avait provoqué la mort de 146 jeunes dans des conditions atroces.

A l'époque, je crois bien que j'avais trouvé drôle cette plaisanterie de mauvais goût, et j'avais manifesté, in petto, contre cette censure que j'avais, comme beaucoup, jugée intolérable et imbécile. Aujourd'hui, même si je continue à la trouver drôle, je réalise à quel point cette blague de potache a dû être douloureusement vécue par ceux qui venaient de perdre un proche dans l'incendie en question. Cela justifiait-il d'interdire le journal ? Non, sans doute. Mais c'est juste pour se rappeler que l'humour peut blesser, gravement.

Pour revenir au 7 janvier dernier, des millions de personnes ont manifesté en France à la suite de ces attentats. Ceux qui ont manifesté pensaient tous avoir une bonne raison d'en être, en tout cas chacun avait la sienne : solidarité avec Charlie Hebdo, défense de la liberté d'expression, solidarité avec les morts, solidarité avec leurs proches, solidarité avec les juifs, solidarité avec les musulmans, défense de la civilisation, défense de la France, rejet du terrorisme, rejet de l'islamisme ... ou, tout simplement, pour voir, pour en être, pour être ensemble (voir par exemple cet article). Mais tout ça justifie-t-il une manifestation comme celle-là ?

vendredi 19 décembre 2014

Ma lettre au Père Noël

Merci Geluck pour ton cadeau !

Cher Père Noël,

Je t'aime bien, tu es un chic type. Et si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer. Je te dis ça au cas, certes très improbable, où tu existerais, et où, de surcroît, tu serais sensible à la flatterie (cette deuxième hypothèse étant nettement moins improbable que la première) : ça augmenterait peut-être mes chances de voir mes vœux exaucés. Parce que, tu vas voir, il y a de quoi faire. D'ailleurs, si tu trouves que c'est trop, je suis prêt à patienter jusqu'à l'année prochaine, voire celle d'après.

C'est ça qu'il y a de bien avec toi : tu reviens toujours l'année prochaine. Enfin, jusqu'à présent. Pourvu que ça dure. Parce que, même si ton chariot est vide cette fois, ou seulement, comme le plus souvent, plein de trucs qui n'en valent pas la peine, voire dont on voudrait se débarrasser au plus vite, on peut toujours espérer pour la suivante.

Et puis, un an, c'est juste ce qu'il faut pour essayer tous les machins que tu nous as apportés, pour voir si ça marche, pour s'en lasser, ou s'en dégoûter le cas échéant, et pour réfléchir à de nouvelles idées de cadeaux. Alors, quoi qu'il arrive, n'oublie pas de revenir l'année prochaine, je compte sur toi.

Juste une dernière chose. Pour les cadeaux, je n'aime pas trop les surprises, sauf quand elles sont bonnes, ce qui arrive malheureusement très rarement. Alors n'essaie pas de me refiler tes invendus de l'an dernier en prétextant que tu n'as pas en magasin ce que j'avais demandé : ça ne va pas le faire. Mets-les directement à la décharge, ça nous fera gagner du temps.

Alors pour cette année, voici ma petite liste. Vois ce que tu peux faire, je t'en saurai gré, infiniment.

lundi 16 juin 2014

Alain Finkielkraut à l'Académie Française : est-ce bien raisonnable ?



Cher Jean d'Ormesson,

La presse rapporte que vous avez "fait campagne" pour l'élection d'Alain Finkielkraut au fauteuil de Félicien Marceau à l'Académie Française. Il se dit aussi que, parmi les plus connus de vos collègues, Pierre Nora, Michel Déon, Max Gallo, Hélène Carrère d'Encausse, entre autres, y auraient eux aussi été favorables. Et vous fûtes seize, parmi les trente-neuf Immortels vivants, à lui accorder votre suffrage. Pas une élection de maréchal, certes : mais une élection tout de même.

Vous pourriez, mon cher Jean, me demander alors : de quoi vous mêlez-vous ? Sont-ce donc vos oignons ? L'Académie n'aurait ainsi pas le loisir de choisir qui lui plaît pour siéger en son sein ?

Eh bien oui, en prose ou en vers, cela me regarde. Parce que je suis, en quelque sorte, l'un de vos employeurs, et que vous avez, de ce fait, quelques obligations envers moi. Car même si ce ne sont pas eux, ce qu'à Dieu ne plaise, qui vous choisissent, ne sont-ce pas les contribuables français qui financent cette vénérable institution qu'est l'Académie Française ? Il me semble que ça leur donne le droit, et peut-être même le devoir, d'avoir un avis sur ce qui s'y passe, et de le donner, à l'occasion.

M'ayant accordé ce droit d'opinion vous pourriez alors, cher Jean, me demander : mais quel mal y a-t-il à l'élection d'Alain Finkielkraut ? Ce garçon n'aurait-il pas toutes les qualités, et tous les mérites, requis, pour siéger à l'Académie ? De quels odieux forfaits se serait-il rendu coupable, qui le rendraient indigne de cet honneur, et de cette charge ?

samedi 15 février 2014

Laissez Vincent Lambert mourir en paix !


« [...] le sage vit tant qu'il doit, et non pas tant qu'il peut. [...] le présent que Nature nous ait fait le plus favorable, [...] c'est de nous avoir laissé la clef des champs ». (Montaigne, Les Essais)

Ce qui s'est passé autour de Vincent Lambert ces derniers mois est tout simplement insupportable.

On parle souvent, et cela arrive même à des gens bien intentionnés, du cas Vincent Lambert, du dossier Vincent Lambert, de l'affaire Vincent Lambert. On en oublierait presque, parfois, que Vincent Lambert est une personne. Une personne vivante, encore, et souffrante, assurément, dans ce qui lui reste de conscience, pour autant qu'il lui en reste.

Si crime il y a, ou il doit y avoir, le concernant, ce ne sera certainement pas celui de cesser de le maintenir artificiellement en vie : ce sera au contraire celui d'avoir prolongé inutilement ses souffrances et celles de ses proches, sans qu'aucun espoir de rémission ne le justifie.

Pourtant des médecins, en leur âme et conscience, en toute transparence, et dans le strict respect de la loi en vigueur (1), ont choisi d'appliquer ce principe d'humanité qui figure dans le serment qu'ils font au moment d'être admis à exercer la médecine : "Je ne prolongerai pas abusivement les agonies". Ils ont choisi de le faire même au prix d'une contradiction, inévitable, avec le principe du même serment qui le suit immédiatement : "Je ne provoquerai jamais la mort délibérément". Ce choix n'était pas si commun, ni, sans doute, si facile, et on aimerait que tous les médecins aient le même courage.

Pourtant l'épouse de cet homme, la seule, parmi celles et ceux à qui on a demandé leur avis, à avoir été choisie par lui, la seule donc dont l'opinion devrait compter, s'agissant d'une personne majeure qui n'est plus en état de donner la sienne, est, elle aussi, favorable à l'arrêt des traitements.

vendredi 29 novembre 2013

La loi sur le "vote blanc", symptôme d'une démocratie malade

(d'après Aurel)

Le 28 novembre 2013, l'Assemblée Nationale a adopté, dans une touchante unanimité, et sous les applaudissements de la quasi-totalité de la classe politique et des commentateurs, la proposition de loi visant à reconnaître le vote blanc aux élections, sous la forme suivante : 
« Les bulletins blancs sont décomptés séparément [...]. Ils n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins [...]». 
J'avais déjà eu l'occasion de dire ici tout le mal que je pensais de ce que je croyais n'être qu'une mauvaise plaisanterie. Je n'imaginais pas, à vrai dire, que les parlementaires pousseraient la démagogie, la lâcheté et l'irresponsabilité jusqu'à voter un texte aussi stupide ; pire encore, qu'aucune voix ne s'élèverait parmi eux, ni en-dehors d'eux d'ailleurs, pour dire qu'il était temps de cesser de prendre les citoyens pour des crétins. Malheureusement, je me trompais. 

Pas besoin de sortir de Sciences-Po pour comprendre l'insondable nullité de cette loi. Et le fait que quelques-uns des grands penseurs de notre temps, de Francis Lalanne à Bruno Gaccio, en attendant, peut-être, Patrick Sébastien et Line Renaud, soutiennent cette loi, n'y change rien. Un vote blanc n'a et n'aura jamais plus de sens ni d'effet qu'une abstention ou qu'un vote nul : décompté ou pas, il ne compte pas. Il est d'ailleurs fait pour ça. Le voteblanchiste exprime par un bulletin déposé dans l'urne son souhait de ne pas choisir : le même souhait que celui qu'exprime, à sa façon, le pêcheur à la ligne. Comme lui, il laisse les autres choisir pour lui. Ce qui est une décision parfaitement respectable au demeurant, quel que soit le mode de non-expression de suffrage. 

dimanche 15 septembre 2013

Le "mariage pour tous", et après ? (2ème partie)


(pour lire la 1ère partie)

A propos de la loi, aujourd'hui adoptée par la France, autorisant le mariage homosexuel, je me suis intéressé jusqu'ici à la question de l'égalité, à celle de l'acceptation sociale de l'homosexualité, et à celle de la confusion originelle entre mariage civil et mariage religieux.

Je voudrais m’interroger maintenant sur les questions relatives à la parentalité et à la filiation, qui sont, je crois, les seules questions vraiment sérieuses à propos du mariage homosexuel, et qui seront au cœur des débats qui vont suivre immanquablement, de la PMA (procréation médicalement assistée) à la GPA (gestation pour autrui).

Les questions de la parentalité et de la filiation

Dans le débat sur le mariage homosexuel, ces questions ont été le plus souvent instrumentalisées par les opposants de principe - je veux dire que, pour beaucoup, elles ont servi de prétexte, ou de paravent, à des prises de position dont les motivations étaient moins nobles que la protection des enfants. Le "principe de précaution", ici comme dans d'autres domaines, était un argument facile pour ceux qui ne veulent rien changer. Cela n'a malheureusement pas contribué à ce que ces questions soient débattues avec la sérénité qui aurait été nécessaire. Il n'empêche : il n'est pas trop tard pour y réfléchir.

Le "mariage pour tous", et après ? (1ère partie)


(pour lire la 2ème partie)

La France, après un certain nombre d'autres pays, autorise désormais le mariage entre personnes du même sexe, ainsi que l'adoption d'enfants par les couples ainsi constitués. Pour ma part, je n'ai pas vu de raison sérieuse de m'y opposer - même si les arguments qui ont été avancés en faveur de cette évolution législative n'ont pas toujours été, loin de là, très convaincants.

Néanmoins, même si la cause est entendue, même si la messe est dite, si l'on peut dire, sur le mariage et sur l'adoption, il ne me semble pas inutile d'y revenir. Car il reste encore des questions à venir, en particulier sur la procréation médicalement assistée (PMA) et sur la gestation pour autrui (GPA).

La question de l'égalité

Un des arguments avancés par les partisans du "mariage pour tous" était celui de l'égalité entre tous les individus, quelle que soit leur orientation sexuelle et leur choix de vie. Je ne crois pas, pour ma part, qu'on doive le retenir.

L'article 1er de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 proclame que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune". La Constitution française précise : "[La France] assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion". Elle n'a pas ajouté "sans distinction de sexe" : par prudence, et par réalisme, sans doute.

Peut-on ainsi déduire du principe d'égalité devant la loi que, puisqu'un homme a le droit d'épouser une femme, une femme doit le pouvoir aussi, ou inversement ? La réponse est juridiquement non : le fait que la loi réservait jusqu'à présent le mariage à un couple formé d'un homme et d'une femme n'était pas contraire au principe d'égalité tel qu'il est défini dans la Constitution. Dans un arrêt récent, le Conseil Constitutionnel a été très clair sur ce point : "Le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général" (voir cet article). Et en l'occurrence, la différenciation faite par la loi entre l'homme et la femme concernant le mariage était jugée motivée par l'intérêt général.

samedi 27 juillet 2013

De l'illusion de la gratuité




La Ministre de la Justice, Christiane Taubira, vient d'annoncer la suppression de la taxe de 35 euros dont devait s'acquitter un particulier pour saisir la justice d'un litige (voir ici). "Le rétablissement de la gratuité de la justice", se sont réjouis tant la Ministre que nombre de commentateurs. D'autres, dont je suis, y voient une décision purement démagogique qui ne pourra avoir pour résultat que d'aggraver les maux dont souffre la société française en général et la justice en particulier, sans aucun effet bénéfique pour quiconque - sinon, peut-être, pour la corporation des avocats.

Je vais m'expliquer sur les raisons de ma colère à propos de cette décision consternante et absurde. Mais j'ai envie d'en profiter pour partager une ébauche de réflexion sur la notion de "gratuité". Ou plutôt, sur l'illusion de la gratuité. Car, contrairement aux apparences, ce qui semble gratuit  ne l'est presque jamais pour tout le monde, et ne l'est même qu'assez rarement pour ceux qui croient en être les bénéficiaires.

Gratuit, qu'est-ce que ça veut dire ?

Gratuit vient du mot latin gratus, qui signifie « agréable, aimable ». Le latin gratus serait lui-même apparenté, selon le Dictionnaire Latin de Charlton T. Lewis & Charles Short, au grec χάρμα, kharma, « source de plaisir ». De la même famille, on trouve en français gré, grâce, gracieux, agréer, gratifier, gratitude ou ingratitude, etc.

vendredi 9 novembre 2012

De l'ISF, des pigeons, et d'autres symptômes de la confusion mentale régnant à propos de l'impôt (3ème partie)


3ème partie : les morales de cette histoire

Dans les deux billets précédents, je me suis intéressé aux débats et aux volte-face du gouvernement de Jean-Marc Ayrault sur deux évolutions potentielles de la fiscalité française : l'inclusion des œuvres d'art dans l'assiette de l'ISF, et la taxation des plus-values de cession des parts d'entreprise.
 
De ces deux épisodes je tire deux leçons.
La première leçon, c'est que, quand on veut réformer, deux ingrédients sont essentiels à la réussite de l'opération :
  • une colonne vertébrale, c'est-à-dire un corps de doctrine suffisamment solide, stable et cohérent pour ne pas être emporté par la première bourrasque,
  • une rigoureuse préparation, et en particulier une concertation préalable approfondie avec l'ensemble des acteurs concernés, pour éviter autant que possible les surprises, et pouvoir réagir aux événements imprévus de façon appropriée sans donner l'impression de se renier.
En l'occurrence, le gouvernement a manqué des deux, donnant l'impression d'une absence de cap d'une part, d'une impréparation coupable d'autre part.
La mesure proposée sur la taxation des plus-values, par exemple, était loin d'être scandaleuse en soi. Elle aurait donné un signal de justice fiscale. Elle n'aurait probablement eu que des impacts très limités sur l'économie française si elle avait été proprement préparée - et donc notamment soigneusement calibrée.

dimanche 4 novembre 2012

De l'ISF, des pigeons, et d'autres symptômes de la confusion mentale régnant à propos de l'impôt (2ème partie)



2ème partie : des pigeons, et des bonnes et mauvaises raisons pour - ou pour ne pas - leur voler dans les plumes
 

L'élaboration du premier budget du quinquennat Hollande (je dis "du quinquennat", et non pas "du premier quinquennat", car ses premiers mois d'exercice me font sérieusement douter qu'on l'autorise à redoubler) a soulevé quelques débats fiscaux dont je me suis délecté.
Dans mon billet précédent j'épiloguais sur les œuvres d'art et l'ISF. Je m'intéresse aujourd'hui à l'épisode des Pigeons.

Bref résumé de l'épisode
Le gouvernement, en application de l'engagement de François Hollande de taxer les revenus du capital comme ceux du travail, inclut dans son projet de loi de finances 2013 une disposition prévoyant d'imposer la plus-value dégagée lors de la vente des parts d’une entreprise selon le barème de l’impôt sur le revenu.
Un petit groupe d'entrepreneurs, qui prend le nom de "pigeons", déclenche un tir de barrage nourri contre cette mesure.
Le gouvernement, aussi terrorisé par cette attaque surprise d'une escadrille de volatiles que les habitants de Bodega Bay l'avaient été par les corbeaux d'Hitchcock, fait très rapidement machine arrière, et capitule en rase campagne.
En conclusion, victoire par KO médiatique de quelques douzaines de pigeons contre le gouvernement, qui perd sur tous les tableaux :
  • un manque à gagner fiscal, qu'il faudra bien compenser par ailleurs
  • une impression d'amateurisme, d'impréparation et d'incohérence entre les discours et les actes
  • pour les uns, le sentiment que le gouvernement a cédé sans combattre aux lobbys patronaux ; pour les autres, une image "anti-entrepreneuriale" dont il aura beaucoup de mal à se débarrasser
  • et enfin une reculade improvisée ne pouvant qu'encourager d'autres mouvements de fronde à tenter leur chance à l'avenir.

samedi 27 octobre 2012

De l'ISF, des pigeons, et d'autres symptômes de la confusion mentale régnant à propos de l'impôt (1ère partie)


1ère partie : de l'exclusion des œuvres d'art de l'assiette de l'ISF

L'élaboration du premier budget du quinquennat Hollande (je dis "du quinquennat", et non pas "du premier quinquennat", car ses premiers mois d'exercice me font sérieusement douter qu'on l'autorise à redoubler) a soulevé quelques débats fiscaux dont je me suis délecté. Bien entendu, on a débattu (un peu) de l'inclusion des œuvres d'art dans l'assiette de l'ISF.
L'ISF et les œuvres d'art
Comme à la création de l'ISF (ou IGF dans sa version primitive) par François Mitterrand en 1982, comme en 1988 (gouvernement Rocard), puis en 1998 (gouvernement Jospin), puis en 2011 (gouvernement Fillon), est revenue sur la table en 2012 la question de l'intégration des œuvres d'art dans l'assiette de cet impôt.
Le scénario est toujours le même : quelques voix s'élèvent, parmi les parlementaires de gauche ou de droite, animées par des motivations diverses, pour remettre en cause le régime de faveur dont bénéficient les propriétaires d'œuvres d'art pour le calcul de l'ISF. Il ressort des débats parlementaires qu'au fond tout le monde ou presque, à droite comme à gauche, trouverait assez normal que les œuvres d'art soient taxées comme les autres éléments du patrimoine, à quelques détails près. Et pourtant l'histoire se termine toujours de la même façon : très rapidement, les contestataires sont remis dans le "droit" chemin par le gouvernement, de gauche ou de droite.
En 2011, Nicolas Sarkozy avait sifflé la fin de la récréation avec ces mots définitifs : « C'est une stupidité ». Il avait justifié son appréciation en déclarant, sans rire, que cela donnerait « la possibilité à l'administration fiscale de rentrer dans les domiciles des gens » pour contrôler les déclarations, et ferait « disparaître toute une part du marché des œuvres d'art en France ».
En 2012 Jean-Marc Ayrault, craignant sans doute de se voir opposer ses déclarations de l'année précédente alors qu'il était dans l'opposition, et conscient peut-être de la pauvreté des arguments qu'il avait à sa disposition, s'est contenté d'une oraison funèbre minimale : « La position du gouvernement est très claire. Il n'y aura pas d'intégration dans le calcul de l'impôt sur la fortune des œuvres d'art ». On ne pouvait guère faire plus concis.
Aurélie Filippetti, ministre de la Culture de Jean-Marc Ayrault, n'a pas été en reste : « L'exonération d'ISF pour les œuvres d'art fait partie de l'exception culturelle. Ce serait une grave erreur que de la remettre en cause alors que la compétition internationale sur le marché de l'art est très forte».
Et comme à chaque fois les détenteurs et les marchands d'œuvres d'art, après un court moment d'inquiétude, ont poussé un ouf de soulagement.

vendredi 26 octobre 2012

Où va l'Espagne ?


Les dernières statistiques viennent de tomber - et de tomber bien bas : le taux de chômage en Espagne dépasse 25%.
Plus d'un Espagnol sur quatre sans emploi. Plus de la moitié des jeunes. Un foyer sur dix dont tous les membres sont au chômage.
On n'arrive pas à y croire : comment l'Espagne, ce très grand pays sinon par la taille, du moins par l'influence qu'il a eue sur l'histoire de l'occident et les marques qu'il y a laissées, ce pays d'immense culture, ce pays de conquérants et d'artistes, ce symbole de la résistance aux oppressions, en est-elle arrivée là ? comment s'en relèvera-t-elle ?
Est-ce bien l'Espagne de Christophe Colomb et des conquistadors ? L'Espagne de Charles Quint ? L'Espagne qui a donné sa langue à 21 pays et 400 millions de personnes dans le monde ?
L'Espagne de l'Alhambra de Grenade, de la Grande Mosquée de Cordoue, de l'Alcazar de Séville, de la Sagrada Familia de Barcelone, du Musée Guggenheim de Bilbao ?
L'Espagne du flamenco et de la corrida ?
L'Espagne de la résistance contre l'invasion de Napoléon, et de celle contre la dictature du Général Franco ?
L'Espagne du Greco, de Goya, de Velasquez ? Celle de Miro, de Dali, de Gris, de Picasso ?
L'Espagne de Cervantes, de Machado, de Garcia Lorca, de Cela ? Celle dont Victor Hugo a tiré Hernani et Ruy Blas ?
L'Espagne d'Albeniz, de Granados, de de Falla ? de Fernando Sor, de Narciso Yepes, d'Andres Segovia, de Paco de Lucia ? celle du grand Paco Ibanez ?
L'Espagne de Bunuel, de Saura, d'Almodovar ?
Et j'en oublie bien sûr.
Non, cette Espagne-là ne peut pas mourir.

samedi 22 septembre 2012

François Hollande : 1ère évaluation trimestrielle

© Philppe Pouzaud, dit Grissôme

François Hollande n'avait pas été, jusqu'au printemps dernier, un sujet particulièrement brillant : il s'était surtout distingué, parmi ses camarades, par son sens de l'humour, et sa capacité à ne fâcher personne (à l'exception de son épouse, mais c'est une autre histoire).

Sa réussite au concours le plus prestigieux de la République (non, je ne parle pas de Normale, même s'il en a été beaucoup question dans la campagne, ainsi qu'en ville d'ailleurs, mais de l'élection présidentielle), a donc été, pour beaucoup, une surprise.

Du coup, on attend peu de lui : on ne pourra donc, au mieux, qu'être déçu en bien, comme disent nos amis suisses.

Le véritable adversaire de François Hollande n'est pas, comme il l'a dit un jour, la finance : son véritable adversaire, c'est lui-même. Le problème en effet, c'est qu'il n'a guère que deux solutions, compte tenu de la teneur de son oral au concours : soit faire ce qu'il a dit, ce qui, pour une grande part, ne serait pas particulièrement judicieux ; soit ne pas le faire, ou faire le contraire, et un certain nombre de gens lui en voudront. Pile tu gagnes, face je perds : c'est en résumé ce qui l'attend, en toute normalité, au prochain concours, dans cinq ans.

Même si le contrôle continu n'est pas la règle de fonctionnement de notre système démocratique, dans lequel seul l'examen final compte, j'ai eu envie, après son premier trimestre d'exercice(s), de faire une évaluation de son travail. Notée, comme il se doit, par matière, sur la base d'une grille de notation on ne peut plus personnelle.