mardi 29 septembre 2026

Des responsables, et des coupables

 


Selon les derniers sondages dignes de foi, le deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2027 opposera Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il ne fait de doute pour personne que, si ce scénario en train de devenir probable se réalise, Marine le Pen sera la prochaine Présidente de la République.

Encore toute pantelante après la sidérante séance de papolâtrie que la presse, oubliant que les Français sont divers dans leurs croyances tout autant que dans leur couleur de peau (combien de non-blancs dans ces rassemblements ?), vient de lui administrer, la France s’apprête donc, consentante, et toute honte bue, à se donner au Rassemblement National, successeur du Front National de feu Jean-Marie le Pen, à ses alliés actuels et à ses ralliés (il n’en manquera pas).

Cette perspective ne suscite guère d’émotion. Qui, au-delà des cercles partisans, tire la sonnette d’alarme ? Une grande partie des Français qui, naguère, jugeaient le Front National infréquentable, s’y sont déjà résignés, voire pour certains convertis, ou n’y voient qu’un moindre mal : la presse, les politiques, les citoyens ordinaires, combien sont-ils encore à vouloir vraiment se battre ?


On a peut-être raison, après tout, de ne pas avoir peur de Marine le Pen : l’exemple de Giorgia Meloni en Italie montre que le pire n’est pas certain, que la démocratie n’y est apparemment pas en danger, que l’alternance reste possible. Mais on aurait tort en tout cas de ne voir dans son éventuelle élection qu’une péripétie de la démocratie. Le changement de nom n’a pas modifié la nature du parti qu’elle dirige. Et au-delà du risque, qu’on ne peut écarter, de la résurgence des vieux démons de l’extrême-droite parvenue au pouvoir, ce qui est en jeu, ce sont les valeurs que porte notre démocratie.

Quand la démocratie choisit l’extrême-droite, elle se suicide : ce qui gagne, comme on le voit partout, c’est le repli identitaire, le rejet de l’étranger, le règne de la force et du chacun pour soi, le reflux de la solidarité, la régression culturelle, le conservatisme obtus. Ce qui gagne, c’est tout ce contre quoi la philosophie dite « des lumières », qui fonde et justifie notre démocratie, s’est battue.


Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Il est facile de répondre que c’est la pente naturelle, que c’est le signe, et la conséquence, de l’échec de ceux qui nous ont gouvernés jusqu’à présent, que nos voisins vivent tous plus ou moins la même histoire … Mais ces constats n’exonèrent pas ceux qui en portent, chacun pour sa part, une responsabilité.


Ils sont responsables et coupables, les Français amnésiques et renégats de droite que l’extrême-droite n’effraie plus, d’avoir oublié que la droite française est l’héritière du gaullisme, symbole de la résistance à la peste brune.

Responsables et coupables, les Français amnésiques et renégats de gauche obnubilés par leur rejet viscéral de Jean-Luc Mélenchon au point d’avoir oublié que les valeurs que porte ce dernier sont celles jadis portées par Jaurès et Blum, et d’en arriver, reniant leurs propres valeurs, à poser une équivalence entre le Rassemblement National et la France Insoumise, contribuant ainsi à renforcer à la fois le premier et la seconde.

Responsables et coupables, les Français de toutes obédiences politiques et religieuses qui ont réussi à effacer des mémoires le racisme et l’antisémitisme constitutifs du Front National, en mettant en scène, pour des motifs purement politiques, la dénonciation d’un antisémitisme largement fantasmé de la France Insoumise, et en banalisant les positions islamophobes du Rassemblement National, le tout sous le couvert opportun des luttes, justifiées, contre l’islamisme et contre l’antisémitisme.

Responsable et coupable, Jean-Luc Mélenchon, d’avoir choisi une stratégie et une posture politiques de provocation à outrance, et de servir ainsi de marchepied à Marine le Pen, en contribuant à la rendre fréquentable et en se privant en même temps de toute possibilité de contribuer à rassembler une majorité face à elle.

Responsables et coupables, la grande majorité des politiciens, d’avoir préféré gérer à la petite semaine l’intérêt de leur boutique et leur intérêt personnel, au lieu de prendre leurs responsabilités lorsqu’ils ont eu en main la gestion du pays au Parlement, et d’avoir ainsi renforcé le sentiment de dégoût des Français pour la démocratie et ses représentants.

Responsable et coupable, le patronat français, d’avoir choisi de s’accommoder sereinement d’une victoire du Rassemblement National, sans faire le moindre mouvement pour l’éviter, voire en fustigeant ceux qui refusent de s’en accommoder.

Responsables et coupables, les ultra-riches enfermés dans leur désir d’accumuler toujours plus de milliards, d’être incapables de comprendre que leur rapacité personnelle sans limite jetée à la face des gens ordinaires confrontés aux difficultés de la vie réelle est l’une des causes du malaise de la société.

Responsable et coupable, la presse bien-pensante et donneuse de leçons de vertu, d’avoir relayé complaisamment, entretenu et in fine amplifié l’idée qu’Emmanuel Macron n’était qu’une sorte de succédané de l’extrême-droite, et ce faisant d’avoir affaibli l’opposition à Marine le Pen et pavé la voie à une victoire de cette dernière.

 

Il n’y a qu’un chemin pour éviter l’effondrement moral annoncé – ceux qui disent le contraire sont soit des menteurs, soit de doux rêveurs bercés par les discours cauteleux desdits menteurs : ce chemin consiste à empêcher Jean-Luc Mélenchon d’être au second tour, et à rassembler tous ceux et celles qui refusent de livrer leur pays au Rassemblement National, en leur donnant des raisons d’espérer.

Le temps est désormais compté pour faire émerger le ou la candidate susceptible d’y réussir. Tous ceux que j’ai cités plus haut peuvent encore y contribuer. A défaut, ils seront comptables du résultat, et de ses conséquences.




mercredi 10 mars 2021

La laideur cachée des "les"

 


Quand on parle des êtres humains (*), l'usage de l'article défini pluriel devrait être banni du vocabulaire - à la seule exception du cas où on les englobe tous (**)(***).

Les Blancs, les Noirs, les hommes (au sens mâle), les femmes, les jeunes, les vieux, les pauvres, les riches, les Juifs, les Arabes, les médecins, les malades, les gros, les Français ... On peut multiplier les exemples, cela vaut pour tous. Ces "les"-là, qu'ils soient "nous" ou "eux", sont à l'origine, au cœur, à la conclusion, de toutes les guerres et de toutes les barbaries.

Lorsque je dis "les nègres", ce n'est pas le mot "nègre" qui est obscène : c'est le "les". On aura beau remplacer le mot "nègre" par tous les mots imaginables, si l'on garde le "les", l'obscénité demeure. Cette remarque vaut bien sûr pour toutes les catégories. Ce n'est pas en changeant les substantifs, ou les qualificatifs, qu'on réduira la quantité de malheur du monde (on risque au contraire de l'augmenter) : c'est en changeant leurs déterminants.

Le "les" ment, toujours. Le "les" nie les différences. Le "les" uniformise, le "les" enferme, le "les" embrigade, le "les" sépare, le "les" oppose, le "les" juge, le "les" exclut.

Le "les" est évidemment insupportable quand on l'utilise comme sujet du verbe "être". Il l'est tout autant quand on lui associe le verbe "penser". Passons sur le fait que c'est un oxymore, rien n'étant par définition plus incompatible avec le "les" que le fait de penser. L'essentiel est que, lorsqu'on dit, par exemple, "les Français pensent ceci ou cela", on interdit, on s'interdit, de comprendre que "Français" ne peut pas être un sujet pour l'acte de penser. On attribue de force une même "pensée" à tous les individus qui appartiennent, sans d'ailleurs l'avoir choisi, à la catégorie "Français" (le raisonnement vaut bien sûr pour n'importe quelle sous-catégorie). Ce faisant, on se trompe soi-même, et - surtout - on trompe ceux qui vous croient.

L'usage du "les" est une composante essentielle du vocabulaire guerrier : il est l'instrument de la mobilisation des uns contre les autres, des gentils contre les méchants, des "nous" contre les "eux". La guerre est le moment par excellence où l'individu doit n'être rien, et la collectivité (la "nation", la "patrie" ou quoi que ce soit du même tonneau criminel) doit être tout. Dire "les", c'est préparer la guerre, ou la faire.

Le "les" est l'essence même de la pensée totalitaire, celle qui nie l'individu concret au profit d'une collectivité abstraite qu'elle instrumentalise. Dès qu'on accole un "les" à un qualificatif, on renonce à voir des personnes, des individus singuliers dont aucun n'est identique à un autre : on réduit les gens à leur appartenance à une catégorie, on les assigne à résidence catégorielle ou identitaire, on gomme tout ce qui les rend uniques donc humains et vivants.

L'usage du "les" n'est pas seulement mensonger et malfaisant : il est aussi stupide (à moins, bien sûr, d'être intentionnellement mensonger et malfaisant). En utilisant le "les", on s'interdit de comprendre le monde réel, qui n'est fait que de singularités (****). Tout être humain partage avec d'autres êtres humains des caractéristiques communes, mais aucun n'est réductible à une catégorie. Chaque individu fait partie de "communautés" (*****) multiples et intriquées, mais aucun ne se définit exclusivement par ces appartenances, ni ne doit se voir réduit à elles. Chaque fois qu'on enferme une personne dans un "les" (ou même dans plusieurs "les", ce qui est un peu plus juste mais reste fondamentalement erroné), on l'ampute d'une part de son humanité, et on crée les conditions de la barbarie.

 

(*) Il n'y a que les humains dont je me préoccupe. Au "homo sum, et humani nihil a me alienum puto" de Térence, j'ajoute "homo sum, et hominem solum curo" (en espérant que mon latin de cuisine ne soit pas trop fautif). Les discours sur les choses, les végétaux, les animaux autres que l'homme (au sens de "homme et femme", ça va sans dire), m'indiffèrent pour tout ce qui ne touche pas à leur utilité pour l'homme.

(**) C'est bien sûr un peu simplificateur. Par exemple, dans la phrase "les gens qui traversent la rue sans regarder sont imprudents", l'usage du "les" est légitime, parce que 1) la formulation "les gens" ne vise ni n'exclut personne a priori, 2) la qualification d'imprudent est liée à un acte précis, le fait de traverser sans regarder, et 3) la qualification d'imprudent est un fait objectif et non une opinion. Je peux aussi dire, par exemple, "J'aime les gens qui doutent".

(***) Ce nécessaire bannissement concerne les cas où le "les" est utilisé au premier degré. Pour les degrés supérieurs, et pour l'humour en général, les auteurs sont en principe exemptés de peine. Sauf (exception à l'exception) s'il s'agit de propos destinés à des gens qui les prendront au premier degré. Autrement dit, aux cons. Tiens, j'ai écrit "les cons" : me serais-je autorisé une dérogation à la règle ? Que nenni : la tautologie reste permise, et quand on est con, on est con, ce quoi qu'on dise.

(****) Il est aussi vrai que, si l'on se contente de ne voir que des singularités sans chercher à comprendre comment et pourquoi ces singularités se constituent en communautés multiples et intriquées, on ne comprend rien non plus au monde réel.

 (*****) J'appelle "communauté" un ensemble de personnes réunies par le sentiment ou la conscience de partager entre elles une ou plusieurs caractéristiques communes qui les distinguent des autres personnes et qui sont importantes pour elles. Exemple de communauté : les supporters de l'OM. Exemple de l'usage imbécile (lorsqu'il est pris au premier degré, bien sûr) de l'article défini pluriel : "les supporters de l'OM sont des abrutis". Parce qu'en réalité, ce ne sont pas tous des abrutis.

dimanche 26 avril 2020

Chroniques de confinement, 11


Des faits, des croyances, et du "biais de confirmation"

Voir, croire

Quant il s'agit de croire, en particulier de croire à l'invraisemblable, on utilise couramment l'expression "Il faut le voir pour le croire". Comme si voir impliquait croire, comme si croire - ou ne pas croire - pouvait être une conséquence logique de voir.

L'expression fait référence, sans doute, à l'histoire racontée par l'évangéliste Jean à propos de Thomas, l'un des douze apôtres. Juste après la résurrection de Jésus, Thomas, qui avait manqué sa première réapparition, déclare à ses condisciples : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas [à sa résurrection] !". Quelques jours plus tard, Jésus apparaît à nouveau à tous ses disciples ("Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux"), montre à Thomas ses mains blessées - et Thomas croit. Jésus conclut en reprochant à Thomas d'avoir douté : "Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu".

Saint Thomas pourrait être lu comme un modèle du doute méthodique, celui qui exige (ou qui prétend exiger) des preuves pour croire.

Ce n'est qu'une illusion.

Quand on lit l'évangile de Jean, on ne peut qu'être frappé par l'absolue irréalité de ces "rencontres" entre Jésus ressuscité et ses disciples. Ce n'est donc pas, comme le dit et le croit Jésus, parce que Thomas a vu qu'il a cru, mais au contraire parce qu'il croyait qu'il a vu - ou plus exactement qu'il a cru voir ce qu'il avait vu (ou ce qu'il avait cru, je ne sais plus) (*).

Des discours sur la crise 

La crise du Covid-19 donne ainsi l'occasion à chacun de conforter ses propres croyances.

  • Pour le climato-militant ? La crise est une des conséquences dramatiques du dérèglement climatique, et montre bien qu'il faut impérativement le combattre par tous les moyens. 
  • Pour le climato-sceptique ? La crise démontre que le risque majeur qui menace l'humanité n'est pas le réchauffement climatique, qui est un sujet secondaire. 
  • Pour l'anti-spéciste ? La crise illustre parfaitement l'interdépendance et la solidarité de fait entre les espèces. 
  • Pour le spéciste ? La crise montre que la priorité absolue de l'homme doit être de se défendre contre les autres espèces animales, qui sont pour lui essentiellement une menace. 
  • Pour le militant de la biodiversité ? La crise nous rappelle que la défense de la biodiversité est essentielle si l'on veut éviter que de telles crises ne se reproduisent et ne s'amplifient à l'avenir. 
  • Pour le bio-sceptique ? La crise est une illustration du fait qu'il n'y a aucun rapport entre la diminution de la biodiversité et l'accroissement des risques qui nous menacent. 
  • Pour l'anti-mondialiste ? La crise est une preuve de la dangerosité de la mondialisation, et de l'urgente nécessité de relocaliser la production et de limiter les flux trans-frontaliers de biens et de personnes. 
  • Pour le mondialiste ? La crise démontre la solidarité de fait entre tous les humains et la nécessité de faciliter les échanges de biens, de services, de connaissances, entre tous les pays. 
  • Pour le malthusien ? La crise montre que nous sommes trop nombreux sur terre, et que l'accroissement de la population ne peut qu'entraîner de nouvelles catastrophes encore plus dangereuses pour l'humanité. 
  • Pour l'anti-malthusien ? La crise démontre que le développement et la propagation des virus ne dépendent pas de la population mondiale, et que la régulation naturelle joue parfaitement son rôle. 
  • Pour le réactionnaire ? La crise montre que nous sommes allés trop loin dans le développement technique et scientifique, et qu'il est grand temps de revenir à nos valeurs anciennes qui ont démontré leur pertinence.

dimanche 19 avril 2020

Chroniques de confinement, 10


(Pour lire le billet précédent)

 Mourir, la belle affaire
"Mourir, cela n'est rien / Mourir, la belle affaire !", 
chantait Jacques Brel (*).

L'épidémie de Covid-19, grâce aux dispositifs de défense remarquablement efficaces mis en place très rapidement par les autorités publiques de tous les pays, aura in fine fait probablement moins d'un demi-million de morts dans le monde. A peine une pichenette, comparée aux 60 millions annuels de morts d'humains sur notre planète. A titre de comparaison, les drogues (dont le tabac) provoquent chaque année la mort de 10 millions de personnes, et l'ensemble des maladies infectieuses celle de 17 millions ... Il n'y a guère que la guerre qui tue moins (quelques centaines de milliers par an).

Mais les statistiques sont évidemment sans valeur pour l'individu : aucune statistique n'a le pouvoir d'effacer la peur de la mort.

Du point de vue de l'intérêt général, c'est heureux. Il se peut que, si les hommes n'avaient pas, individuellement et collectivement, "inventé" la peur de la mort, ils auraient disparu de la surface de la terre en moins de temps qu'il ne leur en a fallu pour y apparaître (**).

Et pour en revenir à notre péripétie du Covid, c'est parce qu'ils ont peur de mourir que la plupart des gens acceptent les privations de liberté exorbitantes qu'on leur impose - privations grâce auxquelles, in fine, la mort de la plupart d'entre eux sera remise à plus tard.

La peur de la mort - la sienne et celle des autres - a donc incontestablement une utilité sociale (***).

Mais - je m'aventure ici dans un domaine qui n'est pas le mien - qu'en est-il d'un point de vue philosophique ?

Philosopher, c'est apprendre à mourir ? Billevesée !

On connaît la phrase de Montaigne, qui cite Cicéron citant Platon rapportant (dans le Phédon) l'enseignement de Socrate :
"Philosopher, c'est apprendre à mourir" 
(Cicéron dit "commentatio mortis", qu'on pourrait traduire littéralement par réflexion sur la mort ; Platon dit μελέτη θανάτου, meletê thanatou, entraînement à la mort).

Voilà bien une des plus grandes sottises philosophiques qu'on ait jamais entendues. Cette sottise est la conséquence logique de l'absurde invention socrato-platonicienne selon laquelle
"l’âme pense mieux ... quand elle n’est troublée ni par l’ouïe, ni par la vue, ni par la peine, ni par le plaisir, et qu’elle s’est le plus possible isolée en elle-même : dégagée du corps, et rompant dans la mesure du possible tout commerce et tout contact avec lui, elle aspire à l'être". 
Selon Platon,
"lorsque [l'âme] entreprend d’étudier une question avec l’aide du corps, elle est complètement abusée par lui". 
Le corps n'étant ainsi, pour lui, qu'un impedimentum de l'âme, la mort est simplement la libération de l'âme :
A la mort, "l’âme s’en va vers ce qui est semblable à elle, vers ce qui est invisible, divin, immortel et sage, et quand elle y est arrivée, elle est heureuse, délivrée de l’erreur, de la folie, des craintes, des amours sauvages et de tous les autres maux de l’humanité". 
Ainsi le sage doit se préparer à la mort comme nous nous préparons à la sortie du confinement.

Il a fallu que s'écoule presque un siècle pour qu'enfin Epicure vînt remettre la philosophie sur ses pieds, selon la formule utilisée plus tard par Marx à propos de Hegel.

La mort n'existe pas

samedi 18 avril 2020

Chroniques de confinement, 9


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Du mouchoir au masque

J'ai dit ici ma préférence pour le mouchoir en tissu vis-à-vis de celui en papier. L'un de ses avantages, notais-je, est qu'il peut être utilisé comme masque pour se protéger des microbes en général et du virus à couronne en particulier.

L'ayant dit, il me restait à le prouver. Ce que je fais dans ce qui suit.

Le matériel

Pour transformer un mouchoir en tissu en un masque de ville tout à fait honorable, il faut :
* un mouchoir propre (de préférence non troué, sinon le filtrage des microbes marchera beaucoup moins bien, évidemment)
* une paire de chaussures de sport à lacets (de préférence pas celle qu'on utilise pour la séance quotidienne réglementaire de jogging, parce que sans les lacets, c'est quand même moins pratique pour courir)
* une paire de ciseaux, du fil et une aiguille.





La fabrication

1. Couper le mouchoir dans le sens de la longueur (ou de la largeur : en principe, le mouchoir étant carré, le sens de la découpe est indifférent) en deux rectangles égaux.










2. Choisir l'un des deux demi-mouchoirs (si on a correctement procédé, les deux sont  identiques à très peu près). Replier une petite bande du tissu sur l'un des côtés longs du demi-mouchoir sélectionné, de façon à faire un ourlet. Coudre cet ourlet (pas besoin d'être un pro de la couture, on peut faire un peu n'importe quoi pourvu qu'à la fin on puisse faire passer un lacet dans l'ourlet).

3. Faire de même sur le côté opposé du demi-mouchoir.

4. Enlever les lacets des chaussures (si on laisse le lacet sur la chaussure, l'ourlet risque de ne pas être assez large pour laisser passer la seconde). Faire passer chacun des lacets dans chacun des ourlets (je ne décris pas la méthode pour faire passer un lacet dans un ourlet : c'est beaucoup plus facile que faire passer un chameau par le chas d'une aiguille).

En principe, il doit vous rester un demi-mouchoir. S'il reste quelque chose d'autre, ou s'il ne reste rien du tout, c'est qu'il y a eu une erreur. Dans ce cas, il faut recommencer au début.

Voilà, le masque est terminé. Il suffit de mettre le mouchoir - pardon, le masque - sur son nez et sa bouche (ou ceux de quelqu'un d'autre), et de nouer les lacets par derrière - pas trop serré quand même. Et de renouveler l'opération avec l'autre moitié du mouchoir (et éventuellement une autre paire de lacets, mais les lacets étant amovibles, on peut économiser une paire de lacets), pour avoir un masque de rechange.

Et vogue la galère !