Préparez vos mouchoirs (re-suite) : des "mouchoirs de derrière"
(Pour lire l'épisode précédent)
Avant d'arriver enfin à la conclusion (que j'espère prochaine) de cette trépidante chronique sur la meilleure façon de se moucher, je voudrais faire une petite digression (c'est la dernière, promis-juré, sauf imprévu) à propos d'autres excrétions humaines et des moyens de se débarrasser du reliquat des sus-dites : je veux parler du "mouchoir de derrière", du "moucadou dau darrie" comme on dit en provençal - celui que Céline, qui n'était pas toujours aussi délicat, appelle "torche-chose".
C'est certes une digression, mais c'est loin d'être hors sujet, et encore moins sans fondement (ha-ha) : la "ruée vers le PQ" a tout de même été l'un des événements marquants de la période pré-confinement. De plus, la question "papier ou tissu" vaut autant pour l'arrière que pour l'avant.
A ceux qui ne veulent pas s'emmerder à lire ce billet jusqu'au bout, ou qui n'en auraient pas envie parce que ça les ferait chier (peut-on se faire chier quand on n'a pas envie, voilà un bon sujet de chronique, non ?), je recommande vivement ce petit bijou (qu'il faut regarder et écouter jusqu'au bout).
Venons-en au fait.
Les historiens qui se sont penchés avec le sérieux nécessaire sur les vrais sujets de la vraie vie, genre historiens des Annales (ha-ha), nous disent que les Grecs anciens s’essuyaient le derrière soit avec leurs doigts, soit avec le vêtement qu'ils portaient, soit, dans le meilleur des cas, avec des cailloux (sans doute y avait-il en Grèce, déjà à l'époque, plus de cailloux que d'herbe).
Aristophane, expert en la matière (fécale, bien sûr), assure dans le Scholiaste que "trois pierres peuvent suffire pour se torcher le cul si elles sont raboteuses. Polies, il en faut quatre". On voit qu'il était soucieux d'économiser les cailloux, même s'ils étaient, en principe, réutilisables.
Les Romains, aux mœurs moins spartiates (forcément) que les Grecs, et qui préféraient garder les doigts propres vu qu'ils mangeaient avec, les Romains, donc, avaient, si l'on en croit Montaigne, inventé pour cet usage un ustensile fort astucieux : le tersorium (de tergere, nettoyer) ou xylospongium (du grec ξύλον, bois, et Σπόγγος, éponge), qui était tout simplement un bâton de bois avec une éponge à une extrémité.
Voici ce qu'en dit Montaigne : "Ils [les Romains] se torchoyent le cul avec une esponge ; voylà pourquoy spongia est un mot obscoene en latin ; et estoit cette esponge attachée au bout d’un baston".
L'usage du bâton comme torche-cul (usage à l'origine de l'expression bien connue de "bâton merdeux") n'était d'ailleurs pas l'apanage des Romains.






